Une naissance …

 

 

Nous sommes dans un petit village viticole, il est 1h. du matin, quand soudain une femme se réveille en sursaut, le ventre et les reins tenaillés par la douleur. Elle regarde le réveil-matin posé sur la table de chevet et se met à compter les minutes et lorsque les maux deviennent plus fréquents et réguliers, elle réveille son époux endormi à ses côtés dans le lit matrimonial de l’appartement modeste qu’ils occupent. Celui-ci se trouve au deuxième étage d’une maison de trois appartements sans confort, comme on en voyaient beaucoup en ce temps-là. Ils vivent là en compagnie de leur premier fils né trois ans plus tôt.

La femme réveille donc son mari en lui disant que le moment est venu, qu’il est temps de se mettre en route. Les voilà partis à pied, toutes les trois minutes la femme est obligée de s’arrêter, courbée en deux par les violentes douleurs. Elle piétine le sol et tourne en rond à chaque élancement, puis repart. Enfin ils arrivent à la porte d’une petite clinique. Ils frappent et refrappent car la sage-femme qui tient cette petite clinique privée est seule et dort à poings fermés.

Tout de même réveillée par les coups redoublés du mari inquiet, elle s’en vient voir ce qu’il se passe. Le mari lui confie sa femme et s’en retourne à la maison, car il a laissé seul pendant presque une heure leur premier fils. Au petit matin, il le confiera aux bons soins de la propriétaire de la maison et part vaquer à ses occupations.

Pendant ce temps à la clinique, la femme est installée sur un lit et la sage-femme s’assied à ses côtés. Les reins et le ventre de la parturiente ne sont plus qu’une immense brûlure. La sage-femme ayant été interrompue dans son sommeil, assise sur sa chaise, bougonne penchée en avant prête à tomber à nouveau dans le sommeil. La femme de son lit ose à peine la tirer de sa léthargie pour lui demander si elle peut recevoir quelque chose, ceci afin de la soulager car les douleurs deviennent intolérables. L’autre se lève et va chercher un vase pour uriner, le lui met sous elle et lui indique qu’ainsi cela lui fera du bien et qu’au moins elle ne salira pas le lit. Puis la sage-femme retourne s’asseoir sur sa chaise et se met à ronfler. Enfin la délivrance arrive, il est exactement 4h 30. La femme a accouché seule. La pseudo sage-femme se réveille aux premiers vagissements de l’enfant né dans le pot de chambre. C’est une fille et on la prénommera Colette-Marguerite. La femme qui vient d’accoucher toute seule était ma maman.

 

Merci de m'avoir lu

Colette

 

 

   

 

 

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