L’acharnement médical

 

Ne plus voir clairement le lointain

C’est grave et dangereux pour autrui

Surtout lorsque l’on conduit, hé oui

Rendez-vous fut pris avec un médecin.

 

Il me dit que j’avais la cataracte

L’opération s’imposait, bien sûr

Le jour fixé j’y allais, décontracte

Peu après je retrouvais mes murs.

 

Je voyais comme si j’avais 20 ans

Que c’est beau de pouvoir regarder

La nature, nette, ainsi que les gens

De près ou de loin, j’étais ravigoté.

 

Puis quelque temps après, une glande

Prenait naissance à côté de mon pénis

Si mon père était là, il dirait, mon fils

N’attend pas qu’elle devienne grande.

 

Fais-toi opérer, moi-même j’y suis passé

C’est ainsi que je me retrouvais à l’hôpital

Entre les mains d’un chirurgien spécialisé

Puis tout neuf, je rentrais chez moi, banal.

 

Un jour des douleurs aux épaules, c’est dur

Pseudo polyarthrite rhisomélique, son nom,

Est détectée par un rhumatologue de renom.

Bien entendu, bonjour la cortisone, c’est sûr.

 

Et pour longtemps, si ce n’est pour toujours

Des cachets de toutes sortes, matin, midi, soir,

Qui soulagent, mais quelque part, chaque jour

Ils détruisent l’organisme, mais reste l’espoir.

 

Dans mon chez-moi, tranquille, enfin…

Mais je n’étais pas au bout du chemin

Que le destin m’avait ainsi concocté

De nouveau il fallait me faire opérer.

 

Au cours d’examens subis pour bronchite

Un médecin, souriant, sympathique, je cite,

Dit, votre coeur est très fatigué, il faut opérer.

Un stimulateur cardiaque vous est conseillé.

 

Ainsi je me retrouvais une fois de plus

Allongé sur la table d’opération, connue

Quoique bénigne, cette opération m’appris

Que rien n’est jamais tout à fait fini.

 

Rentrant chez moi, à peine la porte franchie

Une syncope, sans que je sache, me pris.

Je m’affalais par terre, comme une loque

Ce n’est pas drôle, encore moins loufoque.

 

Un peu plus tard au cours d’une radiographie,

Les médecins constatèrent que j’avais aussi

Un calcul dans ma biliaire de vésicule

Je me sentais de plus, en proie au ridicule.

 

Après avoir enlevé le caillou minuscule

Un chirurgien me dit, vous avez un diverticule

Il crée des problèmes oesophagiens, et d’ajouter,

Les aliments que vous avalez, vous font tousser.

 

Ils sont déviés dans les bronches et l’oesophage

L’opération est facile et ne pose pas de problème

Pendant trois heures, cet aréopage agissait

Pendant que moi, les yeux fermés, je dormais.

 

Deux fistules qui ne veulent pas se cicatriser

La plus grande,  fini enfin par se refermer.

La petite joue les prolongations, rebelle,

Je commence à en avoir assez, c’est cruel.

 

Aujourd’hui, j’apprends à parler et à marcher

Au cours de l’opération, une corde vocale abîmée

Où est-elle ma jolie voix d’antan, d’hier, perdue.

Lorsque je me regarde, vil miroir, je vois un inconnu.

 

Qui se traîne, aidé par un kiné, l’espoir au ventre

Et redevenir comme avant, indépendant et joyeux

Avec l’orthophoniste, sortir des sons et être heureux

Tout ce que j’ai perdu, personne ne peut me le rendre.

 

Et pour finir, incompris par ceux que l’on aime

A près de quatre vingt trois ans, quel est mon devenir…

Je le connais, l’ai déjà vu, mais je vis quand même

Serein, comme tous ceux qui souffrent, enfin finir.

 

Le deux janvier deux mille neuf, des vertiges

Font que l’on m’emmène à l’hôpital, encore.

Je me révolte devant ceux qui voient un vestige

De ce que j’étais, si cela continue, ma mort ...

 

Est préférable à la vie, celle qui est mienne

C’est pourquoi devenu enragé, je décide

De quitter ce vil hôpital, quoi qu’il advienne

Envers et contre tous, je vais où je réside.

 

Et tant qu’il y a de la vie, il y a encore le sentir

L’odeur des fleurs, les jolis paysages, aimer autrui

Un petit ruisseau, des oiseaux, tout cela me ravi.

Car dire que l’on n’aime pas la vie, c’est mentir.

 

Jean Mollier de France

 

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